UNIVERSITE LIBRE DE TUNIS : L’INTEGRATION EN MARCHE

Les jeunes studieux et soucieux de leur avenir et surtout de leur pays, sont aujourd’hui à la quête d’un chemin propice qui va leur permettre d’atteindre leur objectif. Qui dit chemin favorable, dit éducation. Certains sont prêts à quitter désespérément leur pays natal pour aller suivre des formations de hautes qualités pour revenir servir leur pays.
«Grand-frère, nous sommes tous animés par cette volonté de revenir servir notre pays. Mais quand on voit ce que nos politiciens font là-bas, nous sommes tristes. Mais nous allons relever le défi ! Après tout, c’est notre pays» affirme Sébastien, étudiant congolais en Génie-Civil à l’ULT.
Ils sont environ 500 étudiants venus de 19 pays africains inscrits à l’Université Libre de Tunis. Pour la plupart, ils n’ont qu’un seul désir : retourner servir leur pays. «Mon grand-père a servi le régime de Paul Biya. Il existe encore des Ministres dans son gouvernement qui ont travaillé avec mon grand-père. Dans 5 ans, je serai ingénieur au Cameroun et je travaillerai toujours sous son règne. Les jeunes n’ont jamais eu d’avenir au Cameroun » rétorque Fabrice, un étudiant camerounais en Architecture à Tunis.
J’ai reçu une avalanche de témoignages de la part des étudiants venus de ces pays, qui m’ont à tour de rôle, conté leur aventure en terre tunisienne et notamment ce qu’ils envisagent faire plus tard. Tous très assidus, incroyablement polis et attentifs, les étudiants africains à Tunis sont bien accueillis et suivent aisément leur formation, mais l’acclimatation n’est pas aussi aisée que ça.
C’est la raison pour laquelle, l’Université Libre de Tunis, véritable bastion de la connaissance et joyau architectural, a lancé un vaste programme d’intégration des jeunes étudiants «noirs» au sein de leur campus. Depuis sa création en 1973, l’ULT n’a cessé, certes, de jouer son rôle d’institution avant-gardiste dans plusieurs secteurs (scientifiques, technologiques et ingénierie, sciences juridiques, économiques, sociales et de management), mais les étudiants noirs, ne se sentent pas épanouis pour autant.
A la recherche effrénée d’un plus haut niveau d’enseignement et de formation, nos compatriotes affirment avoir rencontré surtout un corps d’enseignants et de formateurs de très haute qualité scientifique et pédagogique. Ils n’ont pas hésité, un seul instant à me le faire savoir. Mais, y vivre, n’est pas du tout facile : le logement est assez couteux et l’inscription hors de prix pour les étudiants «étrangers». En plus, bien que la langue éducative au Supérieur en Tunisie soit le français, beaucoup d’enseignants n’hésitent pas à s’exprimer en Arabe pour le bien des étudiants tunisiens arabophones, ce qui agace quelque peu les « internationaux ».
«Nos objectifs assignés dans le passé ont été largement atteints. L’harmonie entre la culture générale et la spécialisation offre une ouverture vers la professionnalisation en privilégiant le partenariat avec les milieux socioprofessionnels. C’est l’épanouissement de la vie estudiantine qui est au cœur de nos préoccupations» m’a affirmé Ghassen Karoui (Responsable en charge de la communication à l’ULT). C’est là où alors, nos étudiants entrent en jeux :
Favoriser les relations humaines entre étudiants et enseignants avec, en toile de fond, une intégration parfaite des étudiants internationaux, notamment « noirs », est le défi majeur que cet établissement s’est fixé dans ses objectifs à court terme.
Comment donc y procéder ? Beh…A travers la vie associative et culturelle naturellement ! Cela pourra contribuer à l'établissement d'un esprit de camaraderie et d'entreprise. Quoi de mieux que d’ouvrir exclusivement au sein de l’ULT, une activité réservée aux «Etudiant internationaux» ?
Le projet de notre jeune compatriote Frange Landry Compaoré (Etudiant en Génie-Civil) a donc été accueilli à bras ouverts par les premiers responsables dudit établissement mais également… c’est une grande première en Tunisie.
Lors de mes nombreux micros-trottoirs, notamment, dans les administrations et avec des artistes tunisiens, ils ont unanimement avoué que la Tunisie est renfermée culturellement sur elle-même. En proposant une rencontre culturelle d’intégration au sein de cette université avec comme plat de résistance, des formations, visites et spectacles, Frange Landry et sa jeune structure FLC Musique/Cinéma, est inexorablement rentré dans le programme socioculturel inscrit dans les nouvelles missions de l’ULT et surtout du gouvernement tunisien.
La première activité pilote s’est donc déroulée le samedi 3 mars 2018 dans l’enceinte du bâtiment 6 de l’ULT. Initiée par la structure FLC en étroite collaboration avec l’ULT, le premier «festival » de l’intégration dont le thème cette année était «Humour, comme vecteur d’intégration » a vu la participation des humoristes les plus sollicités dans le continent, Souke et Siriki. «Quand on parle du Burkina Faso en Afrique, on ne pense qu’à Thomas Sankara et Souke et Siriki ! Tous les autres artistes et hommes politiques, on ne les connait pas» affirme l’étudiant des Comores, Hinthad Amrad.
Devant une marée humaine d’étudiants venus des autres universités de Tunisie, en présence du corps professoral et administratif y compris les représentants consulaires de certains pays africains (Gabon, Côte-d’Ivoire, Mali…), une soirée riche en communication (d’où l’objet de ma présence ici), en partage, en musique et en humour les a tenu, tous en haleine. En hommage aux victimes des attentats du 02 mars à Ouagadougou, cette soirée a été entièrement dédiée au FDS, aux blessés et aux autorités consulaires de l’Ambassade de France au Burkina Faso. Au-delà de la communication que j’ai animée, des artistes congolais et burkinabè, ont grandement joué leur partition.
La participation spectaculaire de l’artiste Babcy La Réussite Ouedraogo, a été l’élément catalyseur de ce projet. En acoustique et en programmation, l’auteur de «Kb K na Tonyé » a apporté plus de chaleur dans la salle. Il a bénéficié, après son spectacle d’une horde de sollicitations pour des spectacles et autres soirées. «C’est désormais officiel ! Cette activité, est d’office inscrite dans nos priorités à l’ULT» affirme leur responsable de la Com.
L’autre clou de la soirée et non des moindres, fut la participation hallucinante et lumineuse d’une collection de mode dédiée au Faso Dan Fani en Tunisie. C’est avec stupéfaction et admiration que le public, également la délégation venue du Burkina Faso, a découvert une jeune mannequin Burkinabè adulée par les magazines de mode tunisienne : Mami Nikiema. En effet, elle fait la UNE des journaux maghrébins et promeut le FDF ici en Tunisie. Beauté angélique, Burkinabè et filiforme, elle en a séduit plus d’un dans la salle. «J’exerce ce métier de mannequin ici en Tunisie parallèlement à mes études » plusieurs fois couronnée Miss dans les concours de beauté en Tunisie, Mami envisage de créer une soirée de gala dédiée à la mode Faso Dan Fani. Pas une sortie, sans qu’elle n’arbore notre mythique pagne tissé.
Très attendus à cette première édition, les comédiens Souké et Siriki ont comblé largement les attentes du public. Dans un one man show dont eux-mêmes connaissent le secret, ils ont cristallisé l’attention du public qui se tordait de rire, malgré les nombreuses cultures diversement représentées. C’est dans les coulisses, et par une fastidieuse séance de photos, que ce spectacle a pris fin et que ce projet a vu le jour à Tunis.
L’histoire de l’Université Libre de Tunis, retiendra désormais que Frange Landry Compaoré de FLC, aura été l’étudiant qui aura initié et matérialisé l’esprit d’intégration des peuples africains au sein des écoles et universités.
On ne demande pas mieux que ça !
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UNIVERSITE LIBRE DE TUNIS : L’INTEGRATION EN MARCHE
Par David Hervé HONLA, journaliste culturel, Burkina Faso